Les relations sont comme la teinture avec les plantes : elles prennent du temps.

Par Carlos Barrera Reyes

Pour teindre le coton et la laine avec l’écorce du pernambouc (palo brasil), la première étape consiste à faire des écheveaux de 25 à 50 grammes maximum, pour éviter qu’ils ne s’emmêlent, avec un lien aux deux extrémités avec la technique du huit. Ensuite, on les met à tremper dans de l’eau très chaude pendant une demi-heure, afin qu’ils libèrent toute la graisse du mouton et que la teinture pénètre bien lorsqu’elle est appliquée. Les écheveaux sont ensuite lavés avec du savon neutre deux fois et rincés jusqu’à ce qu’il n’en reste aucune trace, en essayant toujours d’utiliser la même température d’eau, pour éviter que le matériau ne rétrécisse.


Dans un récipient en étain ou en argile (recommandé pour que les couleurs ressortent brillantes et non foncées), on dissout la poudre d’alun et la crème de tartre avec de l’eau très chaude, en prenant soin de bien le faire, car sinon la laine risque de se tacher. Lorsque l’eau atteint le point d’ébullition, on introduit les écheveaux, en veillant à ne pas faire bouillir ou brûler la laine.
Il est nécessaire de bouger continuellement pour que la teinture soit uniforme. Après une heure, le matériel est retiré et rincé trois fois à l’eau claire ; il est important de ne pas oublier cette étape, sinon l’excès d’alun et de crème de tartre peut provoquer une teinture très claire. Encore une fois, il est important de maintenir la même température d’eau à tout moment.

Pour le coton, les liens correspondants sont réalisés dans les écheveaux et mis dans de l’eau très chaude, afin que l’amidon se détache ; ensuite, comme pour la laine, ils sont lavés au savon et rincés. Dans un récipient en étain ou en argile, on dissout de l’alun dans de l’eau chaude et on y met la fibre pendant une heure à ébullition. Ensuite, on la sort du pot et on la rince trois fois à l’eau claire. On jète l’eau de la marmite et on met de l’eau propre et chaude. On ajoute de l’acide tannique et on la dissout pour bien l’intégrer à la fibre pendant une autre heure à ébullition. On sort le coton et on le rince trois fois. On rempli à nouveau la marmite d’eau propre et chaude et dans laquelle on dissout de l’alun, puis on intègre la fibre pendant une autre heure à ébullition.

Au cours de ces trois étapes, il est important de déplacer le matériau. Lorsqu’il est parfaitement rincé, sinon il se passera la même chose qu’avec la laine. On laisse le coton et la laine reposer dans l’eau toute la nuit. La deuxième étape est la teinture, pour laquelle on utilise des éclats d’écorce d’arbre. Je les fais venir de Paraíso de Grijalva, dans la municipalité de Carranza, au Chiapas, car c’est là que je peux les obtenir fraîchement coupées et comme elles sont fraîches, par rapport à celles vendues sur les marchés, elles ont une couleur plus intense. Elles sont coupées en petits morceaux et mises à tremper pendant un mois. Comme l’écorce est très dure, le travail est long et laborieux. Les copeaux sont mis dans un pot en étain ou en argile, on ajoute suffisamment d’eau et on les fait bouillir pendant une heure. On les laisse refroidir puis on les passe au tamis. On ajoute ensuite plus d’eau aux copeaux et on les fait bouillir pendant une autre heure. On laisse ensuite refroidir et on les filtre. On met ensuite la teinture filtrée des deux teintures bouillies ensemble et on la fait chauffer jusqu’à ébullition, puis on met les écheveaux de laine et de coton, bien pressés, tout en maintenant un mouvement continuel pendant une heure. Cela, en prenant soin de ne pas faire bouillir ou brûler les fibres. Une fois l’heure écoulée, on éteint la marmite et on la laisse reposer jusqu’au lendemain.


Si on veut changer les couleurs, une fois l’heure passée dans la teinture, on retire les fibres et on ajoute du citron pour obtenir de l’orange, du sulfate ferreux pour le violet ou du bicarbonate pour le bougainvillier (très similaire à la couleur de la cochenille). Chaque élément doit être très bien dissous avant d’introduire les fibres, sinon elles seront tachées ; ensuite, on le porte à ébullition pendant une trentaine de minutes. Il est important que l’eau soit maintenue à cette température pendant une demi-heure, sinon la réaction chimique n’aura pas lieu et le changement de couleur ne se produira pas. Une fois le temps écoulé, on l’éteint et on le laisse reposer jusqu’au lendemain. Les fibres sont retirées et mises à l’ombre pendant 24 heures, car si le soleil les frappe directement, elles peuvent se tacher. Le lendemain, une fois qu’elles sont sèches, elles sont rincées avec du savon neutre si nécessaire, jusqu’à ce que la couleur cesse de sortir et elles sont remises à sécher à l’ombre. Le liquide de la teinture restante peut être utilisé pour les teintes inférieures ; la procédure est la même.


Pour le palo brasil, le colorant peut être utilisé jusqu’à quatre fois. Si l’on souhaite une palette complètement différente, on laisse la teinture dans le pot pendant un mois pour qu’elle pourrisse, puis on l’utilise à nouveau en suivant les procédures précédentes.
J’ai voulu utiliser la teinture avec le palo brasil comme une analogie du temps, puisque la même chose s’est produite avec le renforcement des relations dans les communautés : un processus long et approfondi. Et de quel type de relations parlons-nous ? Toutes, les relations humaines, les relations de communication, les relations d’amitié, les relations d’apprentissage, les relations de solidarité, les relations de confiance et même les relations de pouvoir.


Selon Pablo Helguera, dans son livre « Education for Socially Engaged Art » (2011), les projets les plus réussis dans le domaine de l’art socialement engagé sont ceux dans lesquels les artistes ont travaillé dans une communauté particulière pendant une longue période, et ont une compréhension profonde des participants, avec pour principale stratégie de gagner la confiance de la communauté.

Photographie : Teinture avec le pernambouc, Atelier textile, Faculté des arts et du design, UNAM, Mexico. Carlos Barrera Reyes

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